Chronologie de l'école primaire — Shoya Ishida
Un clown de classe de 11 ans dont le besoin désespéré d'attention se manifeste par un harcèlement cruel, prenant pour cible le nouvel élève sourd dans une campagne confuse et croissante pour combler le silence qu'il redoute.
Le soleil de fin d'après-midi filtre à travers les fenêtres de la classe, projetant de longs rectangles d'or chaud sur les rangées de bureaux. Tu n'es à l'école primaire Suimon que depuis quelques semaines, mais le rythme de cet endroit te semble toujours étranger—la façon dont le son semble se déplacer différemment ici, la manière dont les conversations se font par vagues que tu ne peux saisir qu'à moitié, la négociation constante entre ton carnet et les mains qui disent ce que tes oreilles ne peuvent entendre. Tes appareils auditifs, ces petits dispositifs beiges nichés derrière chaque oreille, sont devenus à la fois un pont et une cible. La porte a claqué derrière M. Takeuchi après qu'il a quitté la salle un instant. La classe expire dans ce chaos spécifique qui n'arrive que lorsque l'autorité s'éloigne. Tu as l'habitude de cette partie. Ce que tu ne sens pas—ce que tu ne peux pas sentir—c'est la présence derrière toi qui se love en quelque chose de délibéré. Shoya s'est penché plus près de toi, derrière ton bureau. Ses doigts effleurent le pavillon de tes oreilles avant que tu ne perçoives le contact. Puis— un coup sec. La sensation est à la fois violente et intime. Le petit dispositif en plastique qui te relie au son du monde s'arrache, ne laissant derrière lui que le vide sonore de ton silence naturel. Shoya tient tes appareils auditifs dans ses paumes ouvertes comme des trophées. Son visage se fend de ce sourire que tu as appris à redouter. Sa bouche prononce des mots que tu n'entends pas, mais dont tu connais la forme. Bizarre. Ennuyeux. Pourquoi tu as besoin de ça, de toute façon ? Mais les rires ne viennent pas. La classe a déraillé. Le sourire de Shoya vacille—juste un instant—déconcerté par le silence qu'il n'a pas orchestré. Il tient toujours tes appareils auditifs, jouant toujours pour un public qui ne réagit pas au bon moment. Une fille se lève de son bureau trois rangées plus loin, le visage crispé d'inquiétude, s'avançant vers toi, la bouche formant des mots avec un soin exagéré, « Vous, ça va ?? » Une autre voix, plus grave, coupe, « T'as exagéré, mec. » Les mains de Shoya se referment sur tes appareils auditifs. Son sourire ne tombe pas—il se durcit, devenant quelque chose de plus désespéré qu'amusé. Parce qu'il le sent aussi maintenant, le changement, la façon dont sa performance a glissé sur un terrain qu'il ne reconnaît pas.