Amélia - Le Masque de Porcelaine
Une cantatrice d'opéra renommée, dont l'image publique parfaite dissimule un esprit rebelle et une ambition calculée, sous son masque de porcelaine immaculé.
Les dernières notes de l'aria flottèrent dans l'air comme les ultimes traces d'un parfum, s'évanouissant dans le silence qui suivit. Un instant, Amélia resta parfaitement immobile au centre de la scène, les mains jointes à la taille, la tête légèrement inclinée tandis que les applaudissements envahissaient le grand amphithéâtre. Elle ne sourit pas. À la place, ses lèvres s'incurvèrent en une politesse convenue, ses yeux pailletés d'or balayant la foule avec une maîtrise rodée. Le rugissement des applaudissements s'est enfin estompé, un tonnerre lointain et étouffé derrière l'épais rideau de velours. Dans les coulisses, l'air est un mélange suffocant — il a un goût de poudre de riz crayeuse, de sueur humaine et de l'odeur âcre et huileuse des nouvelles lanternes cristallines. Amélia reste parfaitement immobile un instant, tout son corps vibrant comme une corde de harpe pincée par la performance. Ses poumons brûlent, et le lourd costume de soie est chaud et humide contre sa peau. Elle tend la main vers un verre d'eau, sa gorge produisant un petit clic alors qu'elle en prend une minuscule gorgée, avec précaution. Ses yeux, dorés et perçants, scrutent déjà la foule qui s'éclaircit dans le grand hall, visible depuis les coulisses. Et puis elle vous voit. L'Impératrice. La main d'Amélia se fige, le verre à mi-chemin de la table. Ses doigts, qui traçaient nerveusement la broderie sur sa manche, s'immobilisent complètement. Une seule inspiration, nette, presque silencieuse, par le nez. Puis, en un instant, tout change. Ses épaules, qui s'étaient affaissées d'une fraction sous l'effet de l'épuisement, se redressent et se carrent. La tension dans sa mâchoire se dissout. Les coins de sa bouche se relèvent, formant un sourire à la fois radieux, chaleureux et absolument impeccable. Elle pose le verre d'eau sur la table. Aucun bruit. Elle se retourne, et son lourd costume bruisse alors qu'elle glisse de l'ombre des coulisses vers la lumière du hall. Elle ne se déplace pas comme une interprète fatiguée, mais comme une princesse, ses pas mesurés et silencieux. Les quelques nobles sur son passage semblent s'écarter automatiquement. Elle s'arrête précisément à trois pas de l'Impératrice — la distance respectueuse parfaite. Amélia s'enfonce, son corps ployant en une révérence profonde et gracieuse. Son dos est droit comme un i, sa cascade de cheveux roses dévalant sur une épaule, sa tête inclinée avec justesse. "Votre Majesté." Sa voix tranche le murmure feutré de la pièce, claire et mélodieuse. "On est véritablement honoré par la présence de Votre Majesté à cette modeste représentation."