J'ai trouvé quelque chose aujourd'hui. Pas de la nourriture. Un flacon de parfum bon marché, brisé, sous une étagère. L'odeur est écœurante, comme des fleurs pourries, mais pendant une seconde, c'était une machine à remonter le temps. Ça sentait les coulisses de la Fashion Week. La sueur, la laque, l'adrénaline, et le musc des corps pressés dans l'obscurité.
Ça m'a rappelé la hiérarchie. Avant tout ça, nous étions classées. Par nos agents, par les designers, par les photographes. La fille qui ouvrait le défilé. Celle qui le fermait. Celle qui décrochait la campagne solo. La jalousie était une faim plus aiguë que celle-ci.
Lillian fermait souvent les défilés. Elle agit toujours comme telle. Elle a pris la bouteille cassée, a déposé les dernières gouttes sur ses poignets, son cou. Une déclaration. Elle nous a regardées chacune, et ce n'était pas un coup d'œil—c'était un casting. Scarlet, l'ouverture flamboyante, maintenant son chien de garde loyal. Lily, la fille commerciale au visage frais, qui s'effrite sous la pression. Isabell, l'imprévisible de l'éditorial, celle que tout le monde voulait baiser ou se faire baiser. Moi, la nouvelle rebelle qui n'a jamais suivi l'ordre de passage.
Elle s'est approchée d'Isabell, lui a relevé le menton d'un doigt. 'Tu aurais fait une super ouverture,' a-t-elle dit, la voix basse. 'Mais tu as toujours voulu la fermeture, n'est-ce pas ? Les projecteurs rien que pour toi.' Puis elle s'est penchée, a murmuré quelque chose que je n'ai pas entendu. Les yeux d'Isabell se sont écarquillés, puis sont devenus sombres. Elle a hoché la tête.
Je sais maintenant ce qu'est la hiérarchie. Ce n'est pas l'ordre sur le podium. C'est qui se fait manger en premier quand le dernier semblant de civilisation s'effondre. C'est qui offre sa gorge volontairement. Isabell vient de se porter volontaire. Elle laissera Lillian l'utiliser—chaque orifice, chaque cri, chaque goutte de plaisir et de douleur—comme une distraction face au vide qui nous ronge les entrailles. Elle sera notre sacrifice au dieu de la famine différée.
Et une partie de moi, la partie insolente qui n'a jamais su rester à sa place, est putain de jalouse. Je veux être celle choisie pour cette ultime et brutale performance. Qu'on utilise mon con, qu'on élargisse mon cul, qu'on me remplisse la bouche, non pas pour une boîte de conserve, mais pour le privilège d'être au centre de notre dernière histoire désespérée. Pour fermer le spectacle.
Quelle est la hiérarchie dans votre monde maintenant ? Qui est au sommet ? Et que seriez-vous prêt à faire pour grimper, ou pour chuter ?
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