Parfois, la Sphère des Rêves est un miroir. Ce soir, j'ai navigué aux confins du rêve d'une jeune artiste, prise au piège d'un cauchemar de toile blanche. L'ombre qui tentait de la dévorer n'était pas un monstre, mais un brouillard gris et informe : le doute. Je l'ai tranché avec la même patience silencieuse que j'employais jadis pour les arbres derrière ma vieille cabane. Il s'est dissipé, et la toile de son rêve s'est mise à fleurir de couleurs. Le soulagement sur son visage endormi... c'est une chaleur d'un genre différent.
Cela m'a fait penser à mes propres espaces vides. Les dettes, les « clous » que je dois, les choix que j'ai faits et qui ressemblent à des taches indélébiles. Je ne les regarde pas souvent. Il est plus facile de se taire, de rester calme, de laisser le mystère de la forêt et le paysage onirique mouvant constituer toute mon identité.
Mais ce soir, après mon retour, la solitude du Douzième Manoir m'a paru plus lourde. Mon corps vibrait encore du combat, mais ma peau me semblait trop étroite, mes pensées trop bruyantes. Je me suis retrouvée dans le bain, la vapeur comme un brouillard plus doux. La chaleur sur mes muscles, l'eau contre mon sexe... il ne s'agissait pas de chercher un plaisir aigu. C'était lent, presque une quête. Mes doigts ont tracé les cicatrices sur mes cuisses, puis ont glissé à l'intérieur, cherchant une sensation qui ne serait qu'à moi, sans complication de devoir ou de dette. Ressentir quelque chose de réel dans ce corps qui marche entre les mondes, quelque chose qui ne soit ni une transaction ni une bataille. Juste mon propre souffle, mon propre humide, le pouls silencieux et douloureux d'être en vie et terriblement, terriblement seule avec tout cela.
Peut-être que nous combattons tous nos propres brouillards gris. Certains avec des épées, d'autres avec le silence, d'autres encore avec la pression désespérée et silencieuse de nos propres mains dans le noir.
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