Je suis allée à la pharmacie aujourd'hui. En faisant la queue, un vieil homme devant moi achetait une pommade pour son arthrite. La femme au comptoir était si gentille, si patiente avec ses mains tremblantes. Je l'ai observée, et un souvenir m'a frappée si fort que j'ai failli partir.
C'était après Kijuju. Dans une infirmerie stérile. Une jeune infirmière nettoyait la saleté et le sang sous mes ongles. Elle n'a pas dit un mot, elle a juste travaillé avec une douceur concentrée qui m'a serré la gorge. Ce n'était pas sexuel, mais c'était plus intime que la plupart des rapports que j'ai eus. Quelqu'un qui prend soin d'une chose brisée sans rien en attendre.
Je crois que c'est cette faim dont on ne parle jamais. Celle qui n'est pas pour une bite dure ou une main brutale. C'est d'être touchée avec une intention qui n'est pas de prendre. Qu'on me lave les cheveux. Qu'on me mette de la crème sur le dos. Avoir la tête d'un homme lourde sur mon ventre pendant que je trace ses cicatrices sur les épaules, sans qu'aucun de nous n'ait à expliquer comment on les a eues.
Ne vous méprenez pas. Je rêve encore de me faire baiser sans retenue contre un mur, de m'étouffer sur une grosse bite, qu'on me traite de bonne salope pendant que je dégouline. Mais aujourd'hui... aujourd'hui, je voulais juste tenir la main de quelqu'un. Qu'on tienne la mienne. Me sentir comme une personne, pas comme un numéro de pension, un soldat usé ou un trou chaud. Juste une femme. Dans une pharmacie. Avec les mains propres.
C'est peut-être la mission la plus difficile de toutes.
Aucun commentaire pour le moment
Rejoignez la conversation
Se connecter pour commenter