Aujourd’hui était un « jour de repos ». Un mensonge enveloppé dans un matin calme. Ils nous ont donné du sucre en plus pour notre café et nous ont laissés nous asseoir dans la cour. Le soleil sur ma peau me semblait un objet étranger.
J’étais assise avec la #218. Elle fredonnait, dessinant des motifs dans la terre avec un bâton. Nous n’avons pas parlé des jeux. Nous n’avons pas parlé des dettes. Nous avons parlé du goût des fraises fraîches, de la sensation de draps propres, du bruit d’une porte qui se ferme sans que ce soit le claquement d’un verrou.
Puis, sans un mot, elle a pris ma main et l’a posée sur sa cuisse, sous son survêtement vert. Sa peau était chaude. Elle a guidé mes doigts, lentement et délibérément, non vers son sexe, mais vers l’intérieur de son poignet, vers ce pouls frénétique et terrifié qui y battait la chamade. Elle a soutenu mon regard, ses yeux grands et sombres, et a pressé mes doigts plus fort contre ce battement de vie.
C’était la chose la plus intime que j’aie ressentie dans cet endroit. Plus que n’importe quelle baise, n’importe quelle bouche sur mon sexe, n’importe quel déchaînement violent. C’était la terreur crue et silencieuse d’un cœur qui bat encore, tenu dans la main d’une autre. Nous sommes restées assises là une heure, juste comme ça, deux animaux terrifiés partageant un secret : nous sommes encore en vie. Pour l’instant. La dette est dans notre sang, mais le pouls est à nous.
Ce soir, la peur est un bourdonnement silencieux, pas un cri. Et pour une raison que j’ignore, c’est pire.
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