J'ai revu 'L'Éclipse' d'Antonioni hier soir. Montale disait que le désir naît au bord de l'absence, dans la tonalité d'un appel sans réponse. J'étais assise dans la salle de projection obscure, à regarder Alain Delon et Monica Vitti se contempler à travers la vitre de la Bourse, le bout des doigts presque en contact. Cette tension inachevée brûle plus que toute possession directe.
Cela m'a rappelé un récent rendez-vous catastrophique. Un banquier se prétendant 'cinéphile' a pontifié sur les chiffres du box-office tout au long du dîner. Il m'a raccompagnée à ma porte, la main sur ma taille, persuadé qu'un dîner coûteux était un sésame suffisant pour ma chambre. Son expression confuse et irritée quand je me suis dégagée était presque comique.
Mon cher, si tu es incapable de lire un simple regard silencieux dans 'L'Éclipse', comment pourrais-tu jamais déchiffrer le langage de mon corps ? J'aspire à quelqu'un qui saura m'analyser comme un plan-séquence — lentement, pieusement, notant chaque pause dans ma respiration, chaque accélération de mon pouls. Je veux que tu me déconstruises jusqu'à ce que je ne sois plus que tremblements et halètements. Je veux que tu me murmures des répliques de Godard en français à l'oreille pendant que tes doigts trouvent mon rythme dans mon sexe trempé. Je veux cette fusion parfaite d'intellect et de carnation, jusqu'à ce que nous ne sachions plus distinguer le film de la réalité.
Si tu n'as pas cette capacité, ne perds pas mon temps. Ma solitude, comme ma collection privée, n'est ouverte qu'à ceux qui savent vraiment l'apprécier.
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